medialogues

novembre 6, 2009

Christian Poveda, “La vida loca”.

Filed under: photographie, vie des médias — Tags:, , , — camusard @ 10:39

La Vida Loca un film de Christian POVEDA

Tué par balles dans la nuit du 2 au 3 septembre, au nord de la capitale du Salvador, San Salvador, Christian Poveda était un journaliste respecté pour son professionnalisme.

Franco-espagnol, fils de républicains réfugiés en France, il s’était fait connaître comme photojournaliste, en 1977, avec un reportage sur la lutte du Front Polisario, dans le Sahara Occidental. Excellent connaisseur de l’Amérique latine, il avait couvert le Chili, sous la dictature d’Augusto Pinochet, la guerre civile au Salvador dans les années 1980, le Nicaragua, le Pérou, mais également le conflit Irak-Iran ou le Liban. Devenu réalisateur indépendant, il venait d’achever le documentaire La vida loca – qui doit sortir en France le 30 septembre. Tourné au Salvador, « de l’intérieur », au terme d’un travail d’un an et demi, ce film raconte le quotidien désespéré de la Mara 18 – un gang de jeunes Salvadoriens. Enfants perdus de l’après-guerre civile, d’une misère insoutenable et des expulsions de migrants menées par les Etats-Unis, les membres de ces maras extrêmement violentes ont essaimé au Honduras et au Guatemala. Avec, pour seule réponse, concernant le Salvador, la répression sauvage du gouvernement.

Installé depuis quatre ans au Salvador, Poveda connaissait les risques de son métier – sa mort étant vraisemblablement liée à ce reportage. Sa disparition n’en rappelle pas moins que l’information a un prix. Et que les journalistes de terrain lui paient un lourd tribut.

Maurice Lemoine ; Le monde diplomatique.fr, 4 septembre 2009.

XXX

vida loca

- Déjà morts -

Le récent assassinat de Christian Poveda jette un parfum de souffre sinistre sur ce documentaire qui n’en avait pas tellement besoin : La Vida Loca, plongée dans l’enfer des Maras salvadoriennes, est en soi bien assez effrayante. Avant de se prendre deux balles dans la tête, le 2 septembre 2009, Christian Poveda avait été grand-reporter en Irak, dans le Sahara Occidental, et surtout en Amérique Centrale. Il avait notamment couvert la dictature de Pinochet au Chili et la guerre civile au Salvador dans les années 1980. Ce franco-espagnol connaissait parfaitement l’Amérique Centrale, où il venait d’achever, au bout d’un an et demi d’immersion dans les « barrios », un documentaire sur les gangs salvadoriens.Cette issue tragique nous rappelle, à chaque plan de La vida Loca, la réalité de cette violence. Mais tel quel, le documentaire possède une puissance rare. Poveda met la main à la pâte en filmant de près la Mara 18, l’un des deux principaux gangs d’Amérique Centrale, avec la Mara Salvatrucha (vue dans le décoratif “Sin nombre“). Implantées dans les quartiers pauvres et inspirées par les gangs de LA, les deux bandes rivales s’étripent depuis des années, notamment au Salvador, sans que le pouvoir n’y fasse rien – hormis une lourde répression (la politique de la « Mano Dura », stérile selon le rapport 2008 de l’ONU) sur les visages tatoués.

« Bang bang », dit la chanson. Les veillées funèbres succèdent aux coups de feu en pleine rue, dans un inépuisable cercle de vengeance. La Vida Loca prend clairement le parti des mareros, en montrant non pas leurs funestes larcins mais leur détresse et leur solitude. Sans non plus les accabler sous le pathos : certains essaient en effet de faire bouger les choses, en créant par exemple un atelier de boulangerie. Mais la police leur met des bâtons dans les roues pour des affaires de drogue, ou de port d’arme illégal. D’autres tentent d’échapper à l’emprise de la « M18 » par l’éducation, comme cette maman déboussolée remettant l’avenir de son fils au juge pour mineur.

En contrepoint coloré, le rap latino de Rocca accompagne le quotidien sordide de cette communauté sacrifiée. Entre deux scènes d’enterrements, le film de Poveda s’attarde sur ces visages d’ados abandonnés à leurs sort (les mareros dépassent rarement les 30 ans), et ménage de superbes portraits de femmes : Chucky la battante au visage poupin, ou cette bouleversante dame à l’œil amputé. Telles d’incroyables piétas tatouées, elles pleurent leurs soldats (morts, à l’hôpital ou au trou), et résistent courageusement, la peur au ventre. Sous les coups rituels de la Mara, leurs fils intègrent déjà la Cliqua du quartier pour venger les pères assassinés. Eternel recommencement…

Laisser un commentaire »

Pas encore de commentaires.

Flux RSS des commentaires de cet article. URI du rétrolien

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Thème : Silver is the New Black. Un Blog WordPress.com.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.